Interview Olivier de Cayron par DocMac


Voici l’interview d’Olivier de Cayron réalisée par le chroniqueur et photographe DocMac (Mac & Guitare, La Guitare.com, Revue Art-Scènes) en 2007

Olivier de Cayron est un passionné de voyages et de découvertes, et ses multiples expériences

nourrissent ses œuvres.

Il mêle divers matériaux

(Zinc, Plexi) à divers supports (Diasec, photo, peinture, lettres manuscrites).

Partir à la découverte des œuvres d’Olivier de Cayron.

Doc Mac : Cette année, Puls’Art t’accueillera et te fera partager l’espace d’exposition avec Ulrike Bolenz.

Comment abordes-tu cette exposition ?

Olivier de Cayron : Je connais Ulrike Bolenz depuis très longtemps. Nous exposions ensemble lors de certaines manifestations d’art contemporain dans les années 90. La qualité de son travail et son innovation étaient déjà reconnus par tous.

De nombreuses années plus tard, nos chemins se sont à nouveau croisés et nous exposons parfois dans les mêmes galeries. J’ai le sentiment que nous orientons nos recherches dans une même direction, bien que les matériaux utilisés pour la réalisation de nos œuvres soit parfois différents.

Nos interrogations tournent autour de la transparence, de l’irruption de l’image à travers du plexi glass, sorte de filtres qui détournent le regard et l’oblige à ne plus se poser comme avant, de manière définitive. Nous demandons un effort aux spectateurs.

Ce n’est certainement pas par hasard que certains acteurs du monde des arts plastiques nous réunissent.

J’aborde cette exposition avec plaisir et conviction car il me semble que notre démarche par rapport à l’image est singulière et que nos mondes s’accordent des réponses.

Doc Mac : Tes dernières œuvres tournent autour de tes voyages aux USA, pays dans lequel tu es présent au travers de galeries, comment est perçu ton travail là-bas ?

Olivier de Cayron : depuis quelques années, je travaille aux USA avec plusieurs galeries. Je dois dire que c’est avec beaucoup de satisfaction.

Le regard des amateurs d’Art et collectionneurs m’apparaît plus libre et moins formaté qu’en France, à quelques exceptions près, heureusement, où les représentants des institutions et de l’Art officiel flirtent en permanence avec mode et choix convenus.

L’inverse, donc, de ce qui devrait être un regard qui permet à la singularité d’exister, redonnant à l’Art sa fonction essentielle, une manière d’envisager des relations, des échanges en tant que lien social.

Les matériaux que j’utilise dans mes oeuvres, zinc, films microperforés, transferts de photos, trouvent un écho et ma démarche est encouragée ; étant le premier à avoir détourné le microperforé industriel dans une création artistique.

Pour toutes ces raisons, je souhaite de plus en plus orienter mon énergie à l’étranger, aux USA comme en Europe.

Doc Mac : plusieurs ouvrages sont déjà parus relatant ta carrière. Notamment (Olivier de Cayron 1985 – 1996 – Textes deNicole Deshayes et Michel Broomhead) et le dernier (Olivier de Cayron- textes de Claude Gache, Photographies de Hervé Szydlowski)*.

Cet ouvrage est référencé à la bibliothèque du centre Pompidou sous la cote 70 « 19 » cayr 2

Un excellent moyen de suivre ton parcours, pourrais-tu nous dire la manière dont tu as vécu toutes ses étapes de créations et quels ont été les moments les plus importants pour toi ?

Olivier de Cayron : Une des premières expositions de groupe importante à laquelle j’ai participé était « blanc et noir », rue de Seine, à la galerie Michel Broomhead en 1990.

Cette exposition réunissait des artistes majeurs de l’école de Paris et du lettrisme : Prassinos, Singier, Gillet, Satié, Dmitrienko et Laubies. Bien sûr, j’étais le plus jeune. Certains d’entre nous étaient déjà décédés.

J’ai donc, ces années là, été influencé par certains rythmes, certaines matières et écritures.

Puis mon désir a été de rompre avec la peinture, d’utiliser des matériaux actuels et d’avancer dans de nouvelles directions ; me projeter dans une recherche beaucoup plus personnelle. Quitter ce que je savais faire ; ne garder de ces expériences que ma propre cohérence et mon équilibre plastique.

Il n’y a donc pas de moments plus importants que d’autres. Il n’y a que des traces mnésiques, qui se bousculent, et qui m’aident à avancer.

Doc Mac : En 1985 tu as été à l’origine avec d autres de la création de l’association Art-Scènes qui édite depuis cette époque la revue ART-Scènes qui offre la particularité de s’ouvrir à toutes les formes d’art contemporain (Peinture, Musique, Sculpture, Poésie, danse, etc…) pour ceux qui te connaissent, il semble que cette revue soit le prolongement de ton travail artistique, encore une forme d’invitation au voyage.

Quel est ton but au travers de cette revue ?

Olivier de Cayron : La création de l’association Art-Scènes est née de la rencontre d’artistes d’horizons divers qui souhaitaient échanger et réfléchir en commun sur l’état de l’art aujourd’hui (art plastique, théâtre, danse, spectacles vivants, écriture…).

La revue Art-Scènes est une émanation de ces rencontres et une volonté de soutenir de nombreux créateurs. Pari réussi puisque depuis 20 ans nous avons présenté plus de 500 artistes en décloisonnant les différentes formes d’expressions.

Pour ma part, en tant que plasticien, ces échanges de regards ont inévitablement modifié mon propre mode d’expression.

J’aimerai aussi mettre l’accent sur le caractère indispensable de réseaux mis en place, indépendants des réseaux institutionnels. Notre rôle est d’être présent à l’endroit où l’Art a sa place dans le tissu social. C’est mon monde.

Doc Mac : Le numéro 20 de la revue Art Scènes paraîtra en 2008, comment envisages-tu ce 20 ème anniversaire ?

Olivier de Cayron : nous allons poursuivre le travail engagée avec la meme energie. Continuer à respecter nos motivations de soutien aux jeunes artistes. Poursuivre dans le sens du décloisonement des diverses pratiques artistiques par les rencontres que nous sucitons.

Doc Mac : Revenons à ta démarche artistique. Depuis quelque temps tu utilises des technologies liées à l’informatique à certaines étapes de créations, pour autant tu ne cèdes pas à la facilité qui consisterait à faire de l’informatique ton unique outil de création.

Est ce que pour toi le fait d’intégrer ces nouvelles technologies t’a apporté de nouveaux horizons dans tes étapes de créations ?

Olivier de Cayron : Je parlais de traces mnésiques plus avant dans l’interview ; elles sont toujours présentes. Les nouvelles technologies actualisent mon écriture et viennent étayer mes propositions plastiques. C’est l’interaction entre l’intégration de nouvelles technologies et ma poétique (j’entends par « poétique » le désir de m’exprimer), qui est ma voie plastique. De nouveaux horizons s’ouvrent forcément. Ils sont liés à l’expression dans la ou dans l’absence de matière. Mais une œuvre d’art reste toujours présente, avec ou sans mode d’emploi. Ce n’est pas comme le mouton du Petit Prince de Saint Exupéry, qui est réussi que lorsqu on ne le voit pas. Je serais tenté de fabriquer du vide rempli d’intention, mais je suis en recherche de la solution.

DocMac©2007